20/09/2008

Mes lectures actuelles

                                                 MES LECTURES ACTUELLES  

            

Retrouvez l'ensemble de cette rubrique dans "Littérature sans Frontières" sur Fréquence Terre - web Radio France : www.frequenceterre.com et sur  mon autre blog "Romans historiques et de Terroir" http://romanshistoriquesetterroir.skynetblogs.be

 

L’Escholier de Dieu : bouleversant et révoltant !

 

bl-escholierTous les ingrédients d’un excellent roman historique moyenâgeux se retrouvent dans « L’Escholier de Dieu » de Mika Waltari (Editions du Jardin des Livres) avec, cependant, une particularité en ce qui me concerne :  l’origine de cette saga de près de 550 pages se situe dans le Nord de l’Europe, plus spécifiquement dans la Finlande du début du XVIe siècle, ce qui est assez rare comme théâtre de récit.

 

Prêtre et fils de prostituée ?

 

Mikaël est le personnage majeur de ce roman. Très jeune et fort ambitieux, il espère devenir prêtre et, pourquoi pas, évêque ou archevêque.

Néanmoins, le destin en décide autrement : « L’Eglise ne prend guère à son service des enfants de prostituées ! ». Ce qu’il est.

Seul dans l’existence, il est recueilli par Pirjo. On la dit sorcière. Elle s’en défend : « Mais non, je ne suis pas sorcière ! Je suis une femme qui guérit les malades… »

Je ne peux qu’approuver cette « mise en scène » de l’auteur : personnellement, je demande même la réhabilitation par l’Eglise de ces  victimes innocentes de l’Inquisition !

 

Mais, revenons-en à « L’Escholier de Dieu ». Mikaël est devenu un jeune adulte instruit, avenant, toujours taraudé par l’envie de s’élever dans la société. Une rencontre « tentatrice » ne le fait guère osciller entre la trahison à son pays et cet appel de poursuivre des études au plus haut niveau, par rapport à l’existence relativement paisible vécue dans sa petite cité finlandaise. Ainsi, « il fait face à son nouveau destin, face à l’inconnu »…

Il arrive à Paris et à la Sorbonne. Quelque 6.000 étudiants composent l’université : « La jeunesse est avide et dévore sans discrimination toute connaissance qui se présente à elle. »

Après maintes péripéties, le voici de retour dans le Nord pour tenter d’approcher le roi Christian du Danemark qui mène les opérations du siège de Stockholm.

Mikaël, désargenté, devient l’assistant du célèbre docteur Paracelse. Celui-ci peut devenir un « grand » parmi les savants de l’époque, mais il préfère frayer avec le « vulgaire ».

Néanmoins, il entretient à son jeune assistant des théories fort sérieuses : « L’homme possède un corps terrestre et un corps astral qui disparaissent en même temps. Mais, tandis que le corps physique redevient poussière, le corps astral monte vers les étoiles. »

 

Prêtre et inquisiteur

 

Autre aventure : Mikaël doit convaincre les autorités finlandaises de se rallier au roi danois. « Ainsi donc j’assistai à la naissance d’un Nord uni sous la bannière d’un unique souverain, événements historiques d’une importance considérable ! »

Dans la foulée, il est ordonné prêtre « d’une rapide imposition des mains » par un archevêque, échappe de justesse au bûcher avant de devenir un impitoyable inquisiteur lui-même : « Non seulement traître, mais chacal ! », puis il utilise, sans remords, des dés pipés estimant ne plus rien devoir au roi sanguinaire : « Il suffit de ne point se faire prendre ! »

Son ami Antti frôle l’idiotie, mais Mika Waltari, par la magie de l’écriture, le fait parler comme un savant, et, les rebondissements se succèdent quasiment de page en page !

Dès lors, je ne vais pas dévoiler davantage la trame de cette formidable histoire au risque de « casser » cette lecture, bouleversante et révoltante lors du récit des actes inhumains orchestrés par l’Eglise-Inquisitrice ! Comment le Dieu-Tout-Puissant des catholiques a-t-Il pu laisser faire cela ?

Sachez, cependant, que Mikaël va évoluer, souvent dans la douleur, parfois avec une certaine lucidité : « Dieu et Satan habitent dans mon cœur », « La justice divine est supérieure à celle de l’Eglise », « L’argent va et vient alors qu’un bon conseil ne perd jamais de sa valeur »…

 

Un romancier de terrain

 

 « Purement éblouissant » est-il écrit en quatrième de couverture de « L’Escholier de Dieu » pour saluer cette œuvre. 

Je confirme bien volontiers cet avis et je le comprends d’autant mieux quand j’ai découvert que des pans de la vie de Mika Waltari pouvaient s’assimiler à celle de Mikaël, le « héros » du récit.

Effectivement, le romancier était fils d’un pasteur luthérien et originaire d’Helsinki, il a vécu la guerre civile finlandaise, a suivi des cours en théologie, puis en philosophie. Il devint maître, étudia à Paris…

Assurément, Mika Waltari a été un véritable « romancier de terrain » avec cet ouvrage et, selon ma perception, cela lui donne un label de qualité indiscutable.

  

                                                                     

Pourquoi le ciel est bleu

 

9782226194039Christian Signol, auteur de « Pourquoi le ciel est bleu » (Albin Michel), explique : « Julien Signol, mon grand-père paternel, ne sut jamais lire ni écrire, et moi, son petit-fils, je suis devenu écrivain. Grâce à lui bien sûr, grâce à mes parents, à leur travail, à leur courage, à tout ce qu’ils m’ont légué.

Et pourtant, il a fallu plus de quarante ans à Julien pour oser poser à son fils la question à laquelle sa mère avait répondu par une gifle cruelle quand il avait sept ans : « Pourquoi le ciel est bleu ? » Il en est resté meurtri, comprenant vaguement que l’enfant d’une domestique, veuve de surcroît, n’avait pas le droit de lever la tête vers le ciel. »

 

L’émotion est omniprésente dans ce nouvel ouvrage de « terroir » signé par l’un des maîtres du genre : « Je crois à la mémoire des gènes, à quelque chose en nous qui se souvient de ce que les hommes et les femmes qui nous ont précédés sur la Terre ont vécu. (…) Mais combien faut-il de générations pour installer une famille dans la place qu’elle mérite dans la société ? Combien faut-il de temps pour que l’humilité devienne une force, le travail un mérite reconnu, le succès une légitimité ? » », explique-t-il.

On suit Julien pas à pas, de son enfance à sa mort, en passant par la perte de l’usage de l’une de ses mains à la guerre 14-18. Un « Julien qui n’avait aucune religion… Le combat sans merci qu’il avait dû mener depuis son enfance, les différences de condition de vie constatées entre les humbles et les nantis, la conviction de ne pouvoir compter que sur lui-même l’avaient fermé à toute espérance autre que celle entrevue à partir du manche des outils et du pain quotidien. »

 

Et puis, il y a l’un des enfants du couple Julien-Hélène : « Cet enfant né le 20 mai 1920, c’est mon père (André Signol), et cette histoire de bougie allumée pour que les rats ne le mangent pas dans la baraque de Perthes-les-Ardennes, il aima à la raconter souvent… »

 

Autant Julien fut dur, parfois violent, aigri par le sort qui s’acharna sur lui, autant son épouse Hélène était d’une bonté immense : « Elle savait que les souvenirs ne consolent jamais de la perte de ceux qu’on aime… »

Julien et Hélène, constate Christian Signol, « sont donc celui et celle qui ont accompli le plus de chemin pour que, un jour, leurs enfants et leurs petits-enfants vivent mieux et ils ont trouvé suffisamment d’énergie pour accomplir le pas décisif, grâce auquel, aujourd’hui, moi, leur petit-fils, je peux, dans un livre, leur rendre l’hommage qui leur est dû. »

 

Et, à mon tour de rendre hommage à Christian Signol qui nous a partagé ces si belles pages qui, elles, ne confondent pas le  nécessaire et le superflu !

 

 

Renoir : un homme, une œuvre, un monde

 

41NCMXXXJ8L__SL500_AA240_Après avoir visité la splendide exposition consacrée au peintre Renoir au Grand Palais à Paris, j’ai lu d’une traite les 500 pages de « Pierre-Auguste Renoir, mon père » (Folio), ouvrage écrit par son deuxième fils, le célèbre Jean Renoir, auteur des films fameux comme Madame Bovary, La Grande Illusion, Le Caporal épinglé…

En quatrième de couverture on présente cette biographie comme celle qui « fait revivre avec amour un homme, une œuvre, un monde ».

Pour illustrer la trame de mon futur ouvrage « La stigmatisée » se situant au XIXe siècle, je profite de cette opportunité pour camper le peintre de la manière suivante :

« Pierre-Auguste Renoir n’est pas un rêveur, c’est un observateur attentif de la vie. Un jour, il dit : « Quand je pense que j’aurais pu naître chez des intellectuels ! Il m’aurait fallu des années pour me débarrasser de toutes leurs idées et voir les choses telles qu’elles sont, et j’aurais peut-être été maladroit de mes mains. »

Il a aussi confié qu’il aimerait mieux crever plutôt qu’habiter Passy !

Pour lui, le luxe c’était pouvoir contempler des objets de qualité, pas avoir des maîtresses, organiser des repas fastueux, de rouler dans des équipages fabuleux…

Pour lui, un objet de qualité devait refléter la personnalité de son auteur, que ce soit une casserole ou un diadème en or.

 

L’ouvrage de Jean Renoir, surtout un livre historique mais avec de nombreuses touches de « terroir », est écrit avec beaucoup de chaleur. L’auteur nous décrit son père à travers de multiples anecdotes et citations :

« Ses tableaux sont des démonstrations d’égalité. Les fonds ont autant d’importance que les avant-plans. Dans son monde l’esprit se dégage de la matière, non pas en l’ignorant mais en la pénétrant. Dans cet ensemble compact, chacun de nos gestes, chacune de nos pensées a sa répercussion. »

 

Trois passages, parmi des dizaines !, ont plus spécifiquement retenu mon attention. Ce sont trois citations du peintre :

 

« L’avantage de vieillir est qu’on s’aperçoit des gaffes un peu plus vite. »

 

« En politique il faut de l’hypocrisie, pas de caractère et un ton mesuré. Il n’y a que les médiocres qui ne font pas peur. »

 

Il proposa l’adoption d’une loi limitant le service militaire aux vieux : « Comme cela, plus de guerres. Les politiciens, qui sont tous croulants, seraient obligés d’y aller. Et si la guerre éclatait tout de même, quelle occasion de se débarrasser des bouches inutiles ! »

                                                         

Le jeune amour

  

9782266172660R1Quel étrange livre que « Le jeune amour » de Michel Jeury (Editions Pocket) !

J’avais découvert – avec plaisir – cet auteur grâce à « Nounou » et l’histoire de Céline, jeune mère du Morvan qui se rendait à Paris pour survivre en allaitant un bébé de la bourgeoisie tout en laissant son propre enfant au pays. Un enfant qui, d’ailleurs, faute de soins allait mourir. Céline était jolie,  un peu naïve, et, bien entendu, certains en profitèrent…

 

Dans « Le jeune amour », c’est l’histoire de Gil (17 ans) qui ambitionne de devenir un grand écrivain et de décrocher le Prix Renaudot.

Dans sa petite ville de Dordogne d’après l’Occupation, où il devient fonctionnaire et que deux belles femmes se chargent de son éducation sexuelle, c’est aussi quelques règlements de comptes. Surtout avec « L’adjoint » au maire qui vise une place de ministre. Un salaud que cet adjoint ! Beaucoup de gens lui en veulent : il n’a pas été le résistant qu’il veut bien laisser croire, il humilie ses proches, dont sa femme (la fille d’un homme riche…), il écrase tout et tout le monde sur son passage.

Jusqu’au jour où une balle lui transperce la poitrine. Suicide ? Meurtre par accident ? Assassinat ?

 

Aux Editions Pocket, cet ouvrage est catalogué « Terroir ». Il faut lui ajouter, selon moi, un côté « policier » et « historique ». D’où, sa spécificité.

En voici quelques passages significatifs :

 

« La douleur, c’est la grosse affaire de la vie, avec le plaisir, naturellement. Exemple, regretter à en mourir la brune qui vous a quitté et se consoler à pleines dents avec une blonde le diable au corps. Et quand on n’a ni brune ni blonde, de rousse moins encore, sauf en rêve, il faut se préparer en lisant tous les livres. Et espérer que la bombe ne pétera pas avant qu’on ait eu le temps de humer le sel et le poivre… »

 

« La vie est compliquée, il faudrait lire mille romans pour s’y retrouver. Et encore, les romans. La réalité est peut-être pire, va savoir. »

 

« Et Gil songe : mon premier congé de maladie. Sa vie de fonctionnaire est vraiment commencée. »

 

(Rubrique de fin décembre 2009)

 

                                                                                                      Où es-tu ?

  

9782266199582R2Dès le début du roman « Où es-tu ? » de Marc Levy (Editions Pocket), j’ai aimé Susan qui tient l’un des rôles principaux avec Philip, son ami-amant.

Elle le quitte deux ans pour le Honduras où elle est en mission humanitaire. Lui, il reste à New York et poursuit des études d’Arts.

J’ai retrouvé dans le discours de la jeune femme celui d’une coopérante dans l’âme et non les paroles de mercenaires avides de pognon :

 

« Pourquoi nos grandes nations envoient les hommes par légions pour faire la guerre, mais ne sont pas capables d’en envoyer quelques poignées pour sauver des enfants ? »

 

Cette belle envolée fut-elle mise à mal lorsqu’un malheureux du Honduras, aux prises avec une terrible calamité naturelle, lança à Susan qui s’émouvait devant ce drame :

 

« Cette peine ne vous appartient pas et nos terres sont trop gorgées d’eau pour que vous y ajoutiez vos larmes. Si vous n’arrivez pas à vous contenir, rentrez chez vous ! »

 

Les deux ou trois chapitres suivants du roman ne laissent pas du tout présager l’issue de cette aventure (c’est tout le talent d’un auteur comme Marc Levy !) qui, au final, dura deux bonnes décennies. Sauf que, Philip aurait dû être plus attentif au message de Susan :

« Pour me sauver de la détresse, de l’abandon de soi-même, de cette peur de mourir qui me hante, de cet idiot désespoir d’être seule, il fallait que je sente monter en moi la chaleur de leur existence, pour me souvenir aussi que j’étais en vie. »

 

(Rubrique de début décembre 2009)

 

                                                                               Compagnons de fortune

 

9782844949066Sagas familiales, destins singuliers, voire tragiques, et tradition ouvrière forment la trame de « Compagnons de fortune » de Philippe Lemaire aux Editions De Borée.

J’avais déjà apprécié « Les Vendanges de Lison » du même auteur chez De Borée et, sans conteste, je trouve que le voyage « initiatique » de Yann, un jeune charpentier, à travers la France (de Bretagne à Dole en passant par Paris) apporte une dimension « supérieure ».

Chaperonné par Julian, son ami brisé et révolté par l’assassinat de sa mère, le jeune compagnon breton se laisse embarquer dans des situations souvent délicates. Celles qui, souvent, forgent les caractères et façonnent les mentalités.

« Voyage initiatique, variation sur la force de l’amitié et découverte de l’amour » sont les trois piliers de cet ouvrage remarquable.

J’y ai relevé ce dialogue entre les deux amis :

- Quand tu fais rire une fille, dis-toi bien que c’est gagné, dit Julian.

- Qu’est-ce qui est gagné ?, demande Yann.

- Toi, on peut dire que tu penses avec tes sabots ! Tu ne comprendras jamais rien aux femmes, autant dire que tu ne comprendras jamais rien à la vie.

 

Et puis, encore, cette phrase pleine de bon sens : « Il n’y a qu’une seule gloire à la guerre, c’est bien celle de rester vivant. »

 

Enfin, cette déclaration du maître charpentier à Yann occupé à travailler le bois : « Tu vois, bonhomme, ce que tu fais là, eh bien !, quand tout sera chevillé d’acacia, ça durera des siècles. »

Tout était dit.